Professionnalisation et Employabilité


L’employabilité, même si elle demeure le but ultime de toute formation universitaire, n’est pas exclusivement dépendante de la qualité de l’enseignement. Un contexte socioéconomique léthargique, peu propice à l’emploi, ou un profil d’étudiant inadapté, peu enclin à se mettre en valeur, peuvent significativement diminuer les chances d’insertion professionnelle sans pour autant mettre en cause la qualité de la formation universitaire.

Le défi de l’employabilité

De nos jours, quelle est l’offre de formation qui ne se réclame pas d’une visée professionnalisante ?

La vocation professionnalisante de l’université est devenue aujourd’hui une nécessité puisqu’elle est censée répondre à une demande sociale forte en contribuant à résorber un chômage en croissance exponentielle par la formation de profils compétents en tenant compte de la réalité du marché de l’emploi.

Au sein de l’Université Mohammed V de Rabat, près de 50% des formations proposées sont professionalisantes, bien qu’elles ne concernent que 30% des effectifs d’étudiants.

Pour augmenter la professionnalisation de l’offre de formation, particulièrement celle des établissements à accès ouvert, l’université ne doit plus se contenter de proposer des cursus ancrés sur l’accumulation du savoir et de la connaissance (LEF) et dont les débouchés convergent principalement vers une recherche fondamentale au niveau Master ou Doctorat.

Autrement dit, plutôt que de continuer à penser nos formations par apports disciplinaires, il nous faut désormais répondre aux sollicitations de l’environnement socio-économique pour mettre en place un système de « formation à la carte » en analysant et en ciblant au préalable les compétences à développer chez l’étudiant,compétences qui doivent être validées par le secteur professionnel afin d’assurer l'ancrage de l'enseignement universitaire à son environnement. Pour cela, la formation de l’étudiant doit se décliner en termes de compétences des pratiques professionnelles et plus seulement se contenter des connaissances disciplinaires.

Des partenaires socioéconomiques incontournables

En plus d’augmenter le nombre de filières professionnalisantes et les effectifs d’étudiants qui s’y inscrivent, la stratégie de professionnalisation de l’Université Mohammed V de Rabat consistera à impliquer ses partenaires socioéconomiques à plusieurs niveaux de la formation de l’étudiant : conception pédagogique des contenus et du cursus, enseignement,encadrement, expertise des dossiers de création des formations et élaboration de référentiels de formation, offre de stages.De cette façon, ces dernierspourront pleinement prendre conscience des compétences professionnalisantes de l’université et seront plus confiants et plus enclins à ouvrir le marché de l’emploi à nos étudiants.

Pour cela, il nous faut au préalable identifier le bassin d’emploi de la région afin de cibler les secteurs porteurs en matière d’insertion professionnelle. Selon les rapports du HCP, du CRI et du conseil de la région RSZZ, le positionnement stratégique industriel actuel privilégie 6 branches de formations majeures qu’il faudra par conséquent investir : médical et paramédical, chimie et parachimie, BTP, agro-industrie, technologies de pointe (biotechnologies, nanotechnologies, microélectronique…) et offshoring (KPO, ITO, BPO).

Un bilan contrasté

En matière de profils recherchés par le milieu socio-économique, la demande concerne particulièrement les techniciens et les ingénieurs. Or la capacité d’accueil de l’université dans les filières type DUT et ingénieurs est considérablement limitée par l’accès régulé.

En outre, il faut noter que la formation en DUT est détournée à l’heure actuelle de sa vocation professionnelle première puisque  les étudiants la perçoivent, en raison de sa forte sélectivité, plutôt comme une forme de « prépa » leur permettant d’accéder aux écoles d’ingénieurs et aux licences professionnelles et se détournent de ce fait du marché du travail : actuellement sur 10 lauréats qui obtiennent un DUT, 8 choisissent de continuer leurs études.

Face à un tel constat, deux solutions s’imposent : inverser cette tendance  en limitant la poursuite des études post-DUT uniquement aux 20% d’étudiants les plus méritants et s’adresser aux effectifs de masse dans les établissements à accès ouvert en multipliant l’offre de DEUP (Diplôme d’études universitaires professionnel). Ce dernier, bien qu’il soit prévu par le CNPN n’a paradoxalement jamais fait l’objet d’une demande d’accréditation. Il convient donc d’encourager cette voie de professionnalisation par l’attribution de moyens adéquats notamment pour développer les aspects technologique et expérimental inhérents à toute formation professionnalisante.

Dans le même esprit, et afin d’augmenter les chances d’insertion professionnelle des étudiants, une action ciblée serait de généraliser le stage en entreprise, particulièrement à destination des Lauréats des DEUP, pour leur mise en situation et l’acquisition de compétences professionnelles réelles.

L’université devra de ce fait jouer un rôle de facilitateur auprès des entreprises pour les inciter à multiplier et à promouvoir au maximum les opportunités de stage pour toutes les formations professionnalisanteset pourra doter chaque diplôméd’unPortefeuille d’Expérience et de Compétences (PEC)qui mentionnera la pratique qu’il aura acquise durant sa formation en milieu professionnel. Une charte de stages commune à tous les établissements sera instituée à cet effet.

Enfin, toujours dans un souci de renforcer la professionnalisation de ses formations, l’université pourra offrir l’opportunité aux étudiants en cours de cursus de licence fondamentale et souhaitant rejoindre le marché du travail d’intégrer, via des passerelles, une filière professionnelle.

Un projet pilote pour la formation des enseignants

Le Maroc envisage de se doter, à l’horizon 2016, de 10 000cadres pédagogiques. Pour cela, une convention cadre a été signée, le 8 novembre 2013 sous la Présidence de Monsieur le Chef du Gouvernement, entre le Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Formation des Cadres et le Ministre de l’Economie et des Finances, la formation des futurs cadres devant être assurée au sein des nouvelles Licences Professionnelles de qualification aux métiers de l’éducation proposées par l'Ecole Normale Supérieure de l’Enseignement Technique de Rabat et l’Ecole Normale Supérieure.

Ces formations, qui sont étalées sur une année, sont destinées aux étudiants non fonctionnaires ayant déjà une licence et par conséquent exposés à un risque de chômage élevé. Elles ont pour objectif de développer les compétences pédagogiques et didactiques nécessaires soit pour exercer le métier d’enseignant dans le secteur privé, soit pour passer les concours des Centres Régionaux des Métiers de l'Enseignement et de la Formation menant au métier d’enseignant dans le secteur public.

Quatre Filières Universitaires d’Enseignement (FUE) seront donc ouvertes à l’ENSET et onze à l’ENSau titre de l’année 2014-2015 aux étudiants titulaires de Licences.

Concrétiser l’aide à l’insertion professionnelle

L’université s’engage à renforcer les éléments de professionnalisation et le déploiement de dispositifs destinés à favoriser l’insertion, afin d’amener les étudiants à mieux repérer leurs atouts, de les préparer à la connaissance des métiers et du marché de l’emploi, et enfin de promouvoir les compétences acquises par les lauréats. Cela se traduira au final par l’intégration d’une structure d’Aide et de Suivi à l’Insertion Professionnelle(ASIP)  au sein de l’université.

Mettre en place un tel dispositif constitue pour l’université l’étapefinale de sa stratégie de professionnalisation. Celui-ci sera hébergé au sein du CAIOS et aura pour rôles de :

  • Collecter et diffuser les offres de stage et d’emploi par thème
  • Proposer des rencontres avec des professionnels au travers de journées métiers ainsi que de nombreux événements afin que les étudiants puissent établir des contacts concrets avec les partenaires socioprofessionnels
  • Accompagner les étudiants et les soutenir dans leur recherche d’emploi : rédaction CV, lettres de motivation, entretien d'embauche, convention de stage tripartite, projets professionnels 
  • Mettre à la disposition des étudiants un espace documentaire spécifique dédié à la recherche de stage ou d’emploi avec des ouvrages méthodologiques, des annuaires d’entreprises, des annonces, une presse économique et spécialisée, des sites de référence 
  • Elaborer un annuaire des lauréats pour tisser un réseau des lauréats insérés dans la vie active, source de contact et d’échange pour nos étudiants 
  • Superviser un observatoire de suivi de l’insertion professionnelle qui enquêtera sur le devenir des diplômés à 6, 12 et 24 mois.

Dans ce cadre, les deux universités ont mené chacune leur enquête de suivi d’insertion qui ont abouti aux constats suivants :

  • Plus de trois lauréats licenciés sur quatre souhaitent poursuivre leurs études, alors qu’un lauréat Master sur deux est à la recherche d’un emploi, le marché du travail lui étant plus favorable. Les autres s’orientent délibérément vers la voie de la recherche scientifique (Doctorat).
  • Le taux moyen d’insertion professionnelle avoisine les 50 % deux ans après l’obtention du diplôme.

De plus, une collaboration renforcée entre l’Université et l’ANAPEC (L’Agence de Promotion de l’Emploi et des Compétences) permettrait un accompagnement permanent et dynamique des étudiants dans leur recherche d’un emploi. L’ANAPEC met en effet à  disposition des étudiants l’ensemble des outils nécessaires afin, non seulement d'améliorer leurs chances d'accès à l'emploi, mais également de trouver un emploi à la hauteur de leurs compétences.

L’animation d’un guichet ANAPEC au sein de l’université serait une réelle valeur ajoutée pour les étudiants, ce dernier prenant en charge les actions suivantes :

  • Intermédiation sur le marché du travail par l’affichage des offres d’emploi de la région ;
  • Développement au profit des étudiants de programmes d’adaptation professionnelle et de formation-insertion.

L’entreprenariat comme alternative à la recherche d’emploi

L’insertion professionnelle n’est pas la seule voie qui s’offre à l’étudiant à sa sortie de l’université. Celui-ci peut, en faisant preuve d’esprit d’initiative, créer sa propre entreprise et contribuer ainsi au développement et à la création de richesse.

Il convient de mettre fin à une idée largement répandue qui prétend que l’Université forme « exclusivement » des fonctionnaires. S’il est vrai que l’Université a largement contribué par le passé à la formation des élites et des cadres marocains, il faut bien prendre conscience qu’actuellement la situation d’austérité imposée par la crise économique signe la fin de l’état providence. C’est donc dans l’entrepreneuriat que se trouve désormais le salut des lauréats de l’université et celle-ci doit mettre tous les moyens en œuvre pour encourager l’émulation entrepreneuriale auprès de ses étudiants.En d’autres termes, il convient de transformer l’étudiant chercheur d’emploi en étudiant créateur d’emploi !

Une première action en ce sens consisterait à inculquer directement à l’étudiant cette culture entrepreneuriale en mettant en place tout un programme de formation de l’entrepreneur-étudiant dispensé sous forme d’ateliers animés par des professionnels. Il faudra toutefois éviter de retomber dans l’expérience décevante menée depuis 2009 dans le cadre des licences « nouvelle approche » par l’introduction d’un module d’entrepreneuriat dispensé sous forme d’un enseignement de masse généralisé sans approche pédagogique adaptée.

 

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