Mot du Président


Près d’un an après le discours Royal du 20 Août 2013 interpellant les acteurs de l’enseignement au Maroc à une mobilisation générale afin de redresser une situation jugée réellement alarmante, quel état des lieux peut-on dégager ?

Dans ce discours véritablement révolutionnaire, S.M. Le Roi avait dressé un tableau sans concession des maux affligeant le système public d'enseignement et de formation du pays et avait invité le gouvernement à accélérer l'adoption des textes relatifs au Conseil Supérieur de l'Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique prévu par la Constitution. C'est donc non seulement à une prise de conscience, mais également à une action réelle et cohérente qu'avait appelé Sa Majesté Le Roi en cette matière fondamentale qu'est l'éducation pour l'avenir du Maroc en marche.

De nombreux rapports internationaux (UNESCO, Banque Mondiale, PNUD) n’ont de cesse, d’ailleurs, de pointer du doigt les défaillances sérieuses affectant le système éducatif marocain : non réalisation des objectifs de la Charte Nationale de l’Education et de la Formation, inadéquation des programmes de formation et des cursus avec les exigences du marché du travail et recul net de certains indicateurs.

Récemment, un rapport de la Banque Mondiale a mis en exergue le capital immatériel consistant dont dispose le Maroc au vu de son classement international, capital incarné par ses ressources humaines, particulièrement sa jeunesse. Toutefois, malgré cette richesse renouvelable considérable, ce Maroc nouveau auquel nous aspirons tous devra pouvoir compter sur des citoyens de plus en plus et de mieux en mieux formés pour faire face aux défis prometteurs qu’il s’est lancé. Plus que jamais, nous sommes profondément convaincus que « Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne » comme disait Victor Hugo. Pourtant, le chômage des diplômés a pris des proportions alarmantes et constitue l’un des symptômes les plus visibles de la crise de notre système éducatif. Partant de la responsabilité sociale qui lui incombe, l’université en tant que lieu de savoir et de culture, doit se fixer pour mission de former l’élite et le citoyen de demain. Mais force est de constater que les plans successifs initiés par l’Etat depuis 1999 dans ce sens n’ont pas suffi à rehausser le niveau de l’université marocaine à l’excellence tant espérée : Charte Nationale de l’Education et de la Formation, Loi cadre de l’Enseignement Supérieur (Loi 01-00) et Plan d’Urgence 2009-2012. Il reste donc, pour répondre à l’attente sociale en matière d’enseignement et redresser cette lourde entrave à notre développement national, à espérer un impact salvateur du processus d’élargissement de la mission du Conseil Supérieur de l’Education de la Formation et de la Recherche Scientifique et du plan d’action 2013-2016 mis en place par le Ministère de tutelle.

Dans la lignée d’une telle politique volontariste, et pour relever le défi de son éducation, le Maroc doit s’intégrer dans l’actualité académique actuelle, manifestement dominée par la montée en puissance du paradigme concurrentiel et qui pousse les universités à fusionner pour former des structures plus conséquentes et plus axées sur la compétitivité, leur permettant de rehausser leur rendement et leur garantissant une visibilité internationale.

Une fusion d’université est d’abord une ambition nationale traduite par une action politique. Une telle mutation recèle inéluctablement des risques qui ne peuvent être contrebalancés que par la sincère conviction que cette évolution est justifiée par l’intérêt de l’institution.

C’est dans cet esprit qu’une proposition de loi émanant du parlement a été votée en Mai 2014 et a instauré la fusion des deux Universités Mohammed V- Agdal et Mohammed V- Souissi en une seule Université Mohammed V de Rabat, celle-ci devant être effective à partir du 1er Septembre 2014. La même loi prévoit également ce processus pour l’Université Hassan II de Casablanca.

Il est légitime toutefois de s’interroger sur ce que peut apporter la fusion à l’université dans notre contexte national et international en s’inspirant des multiples expériences de part le monde. Un tel processus de regroupement devrait, a priori, créer une nouvelle synergie de fonctionnement de l’université en augmentant sa multidisciplinarité et en cumulant ses potentialités, conditions à même de la rendre plus performante, plus attractive et d’augmenter sa visibilité internationale en lui donnant les moyens de viser l’excellence.

Il s’agit donc, dans le cas de l’Université Mohammed V de Rabat, de créer une « méga-université » affichant un effectif de plus de 65 000 étudiants et première à l’échelle nationale en terme de nombre d’établissements (19). Celle-ci, chiffres à l’appui, peut d’ores et déjà être considérée comme leader national en matière de production scientifique. Pour autant, gérer de façon optimale un tel « mastodonte » universitaire relève tout de même du défi et nous incite à saisir de cette opportunité de fusion pour repenser le mode de gouvernance de l’université et la cohérence des formations qu’elle propose.

Ce projet, véritable état des lieux de l’Université Mohammed V de Rabat à l’aube de sa renaissance, propose une stratégie réaliste et objective qui posera les jalons d’une grande université publique, moderne, citoyenne, conjuguant visibilité et performance, en symbiose avec sa région, ouverte sur l’international et qui constituera à terme un grand pôle national et régional de formation et de recherche au service de la société.

Ce projet est soumis en réponse à l’appel à candidature pour le poste de Président de l’Université Mohammed V de Rabat. Il s’inscrit dans la continuité d’une très longue expérience au sein de l’Université Mohammed V–Agdal d’abord en tant qu’enseignant chercheur depuis 1993 et responsable d’une structure de recherche, puis en tant que Vice-Doyen chargé des affaires académiques et pédagogiques de la Faculté des Sciences depuis 2006, et enfin en tant que Doyen de cet établissement depuis 2011.

Ce parcours, riche de multiples expériences pédagogiques, de recherche et de gouvernance universitaire, a permis l’acquisition d’une véritable expertise dans ces différents domaines, notamment en tant que membre de plusieurs instances et commissions dont la Commission Pédagogique du Conseil de l’Université (président), la Commission Pédagogique de la Conférence des Présidents d’Université, la Haute Commission Ministérielle d’Equivalence, la Commission Ministérielle de l’Amendement de la Loi 01-00, le Réseau des Doyens des Facultés des Sciences, la Conférence Marocaine des Doyens Scientifiques, la CIRIUSEF…

Ce projet personnel, mûri suite à une expérience consistante « in situ », perpétuera donc une stratégie de rénovation et de structuration très dynamique entamée à la Faculté des Sciences qui, à elle seule, détient plus du tiers des effectifs d’étudiants et près de la moitié des effectifs d’enseignants de l’Université Mohammed V-Agdal. Cette stratégie a valu à cet établissement un rayonnement à l’échelle nationale en l’instaurant comme établissement pilote au sein de la sphère universitaire marocaine notamment grâce à sa position de leader en matière de production scientifique et au succès de certaines de ses initiatives propres qui ont été généralisées à l’ensemble des établissements du Maroc. Nous nous proposons donc de continuer à œuvrer assidûment, à l’échelle de l’université désormais, et dans le cadre de la fusion, à faire de nos lauréats une valeur sûre pour la société et de notre université le fleuron de l’enseignement supérieur marocain.

Toute fusion est une opération complexe qui comporte des défis stratégiques humains, financiers et opérationnels. Toutefois, notre conviction de l’intérêt d’un tel processus de regroupement est acquise et sera le fer de lance de notre stratégie de développement, stratégie que nous mènerons résolument avec une volonté sans faille. Notre ambition est d’édifier une université universelle, entreprenante, rayonnante, au cœur de la dynamique de développement régional et national et apte à marquer la société de son empreinte.

Pr. Saaid Amzazi

Président de l'Université Mohammed V de Rabat

 

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