« Saleem », un dispositif national pour les étudiants-entrepreneurs est né


C’est fait. Le coup d’envoi du projet «Structuration et accompagnement de l’entrepreneuriat étudiant au Maghreb» (Saleem), qui a pour objectif de favoriser l’entrepreneuriat étudiant au Maroc et en Tunisie, a été donné officiellement en décembre dernier à Rabat. D’une durée de 3 ans, «Saleem» regroupe 14 partenaires opérationnels au Maroc, en Tunisie et en Europe, dont l'Agence universitaire de la francophonie (AUF), qui coordonne le projet.

Avec un volume de création d’emplois au Maroc loin de répondre au flux de nouveaux arrivants sur le marché du travail, l’entrepreneuriat s’avère un moteur pour la création de valeur pour la société. Les acteurs du monde de l'éducation et de la formation ont développé ces dernières années des stratégies afin d’inculquer aux jeunes générations les bases pour entreprendre et innover, dans la perspective de créer leurs propres emplois et contribuer à la résorption du chômage. Bon nombre de formations et de modules dédiés à l'entrepreneuriat ont été déployés au niveau des universités et autres établissements de l'enseignement supérieur, privés et publics, et les partenariats avec les acteurs socio-économiques et les organismes internationaux se sont renforcés pour doter les étudiants porteurs de projets des outils nécessaires pour réussir (pôles d’innovation, incubateurs, programmes d’accélération…). Plus qu’une simple affaire de sensibilisation, l’enjeu est d’accompagner les jeunes à lancer des projets pérennes. «Sur le volet accompagnement des porteurs de projets, comme vous le savez, bon nombre d’établissements d’enseignement supérieur disposent d’incubateurs, mais ces efforts s’arrêtent à la fin de l’année académique. L’idée est de savoir comment prendre en charge ces porteurs de projets au-delà du cursus», souligne professeur Anass Kettani, coordonnateur du Pôle «Entrepreneuriat, Innovation et Interface» de la Faculté des sciences Ben M'Sik et point focal du projet «Saleem» à l’Université Hassan II de Casablanca (UH2C).

Pour ce faire, le projet «Structuration et accompagnement de l’entrepreneuriat étudiant au Maghreb» (Saleem) propose la mise en place d’un dispositif national officiel pour les étudiants entrepreneurs au Maroc et en Tunisie, sur le modèle du projet «Pépite» (Pôle étudiant pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat) déployé en France. Concrètement, le projet permettra, dans un premier temps, d’intégrer un projet de création d’entreprises au parcours universitaire, accompagné de la mise en place de pôles d'accompagnement à la création d'entreprises dans les universités des 4 villes pilotes (Rabat, Casablanca, Tunis-Carthage et Sfax).

Au total, 2.400 étudiants marocains et tunisiens, dont au moins un tiers de femmes, seront accompagnés dans leur projets de créations d’entreprises et 400 étudiants vivant avec un handicap bénéficieront d’un accompagnement spécialisé.

Ce nouveau parcours, qui s’étale sur une année, offrira aux étudiants la possibilité de mettre le temps et l’énergie nécessaires pour développer leurs projets, tout en bénéficiant d’un accompagnement ciblé au sein de leurs établissements d’enseignement. En effet, chaque université disposera d’un pôle d’accompagnement qui aura pour rôle de fédérer les efforts de tous les partenaires afin d’identifier les meilleurs porteurs de projets dans chaque établissement pour qu’ils bénéficient de ce dispositif.

Le projet «Saleem» regroupe 14 partenaires opérationnels. Il s’agit de l’Université Mohammed V de Rabat (UM5R), l’Université Hassan II de Casablanca (UH2C), HEM Business School, l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (Anapec) et l’Agence nationale pour l’emploi et le travail indépendant pour la Tunisie, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres marocain, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique tunisien, l’Université de Sfax, l’Université de Carthage, FNEGE Pépite en France, l’Université Jean Moulin – Lyon 3 en France, l’Université de Mons en Belgique, l’Université technique de Cluj-Napoca en Roumanie et l'Agence universitaire de la francophonie (AUF), qui coordonnera le projet.

Pour les établissements membres du consortium, «le projet “Saleem” sera l’occasion de venir renforcer et professionnaliser le travail d’accompagnement d’étudiants-entrepreneurs à l’Université et assurer des conditions favorables dans l’écosystème entrepreneurial pour accompagner les initiatives des jeunes universitaires», note professeur Karima Ghazouani, directrice du Centre universitaire de l’entrepreneuriat de l'Université Mohammed V de Rabat. L’opportunité d’échanger les bonnes pratiques et les expériences entre les différents acteurs.

L'Union européenne assure, dans ce sens, le financement du projet à hauteur de 750.000 euros, et ce, dans le cadre du programme Erasmus+ «Renforcement des capacités dans le domaine de l’enseignement supérieur». D’autres partenaires de l’écosystème entrepreneurial, au Maroc comme en Tunisie, sont également associés à ce projet, notamment l’Association des femmes-chefs d'entreprises du Maroc (AFEM), le Career Center de l’Université Hassan II, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), la Fondation Banque Populaire, Enactus, Injaz Al-Maghrib, le Cluster électronique, mécatronique et mécanique du Maroc (CE3M), etc. «Sur une période pilote de 3 ans (2017-2020), les 14 partenaires travailleront en étroite collaboration avec les deux ministères de tutelle sur la mise en place d'un dispositif permettant d’intégrer un projet de création d’entreprises au parcours universitaire. Le dispositif sera testé au sein de quatre universités, deux au Maroc et deux en Tunisie : l'Université Mohammed V de Rabat, l'Université Hassan II de Casablanca, l'Université de Carthage et l'Université de Sfax. Les résultats concluants obtenus par ces universités permettront d’envisager l’extension de ce projet à l’échelle nationale», explique Jean-Luc Tholozan, directeur régional Maghreb de l'Agence universitaire de la Francophonie. Notons qu’après l’étape de mise en place des process nécessaires pour le démarrage du dispositif national pour les étudiants-entrepreneurs, la phase opérationnelle de «Saleem» démarrera à partir de la rentrée académique prochaine, à savoir en septembre 2018, avec l’accompagnement des porteurs de projets sélectionnés pour bénéficier de ce projet à travers les 4 pôles qui seront mis en place à cet effet. L’objectif final étant la mise en place d’un statut d’étudiant-entrepreneur durable, qui permettra de renforcer l’employabilité des jeunes diplômés par l’entrepreneuriat.

Déclaration du Pr Karima Ghazouani, directrice du Centre universitaire de l’entrepreneuriat de l'UM5R

«Une des missions majeures du Centre universitaire de l’entrepreneuriat (CUE) de l’Université Mohammed V de Rabat est de promouvoir l’esprit d’entreprise à l’université et de renforcer l’impact de l’innovation sur l’économie régionale. L’université est un acteur essentiel dans l’écosystème entrepreneurial, et la conduite du changement est notre défi quotidien. Le travail au développement de la culture de l’entrepreneuriat et de l’innovation, auprès des jeunes par des activités de sensibilisation, de formation, de spécialisation, à travers l’organisation de journées de l’entrepreneuriat, de l’innovation, des ateliers et rencontres, le déploiement du Company Program Injaz Al-Maghrib, et Enactus, CLE/BIT dans de nombreux établissements de l’Université chaque année. Un événement annuel phare en entrepreneuriat à l’Université est le “Grand Rallye de l’étudiant-entrepreneur innovant” organisé annuellement, et qui révèle chaque année de grands talents… Des équipes d’étudiants de l’université sont ainsi accompagnées et coachées pour développer et formaliser des projets entrepreneuriaux faisables rentables et durables. L’implication de l’Université Mohammed V de Rabat et de l’équipe du Centre universitaire de l’entrepreneuriat dans le projet “Saleem” est d'abord l’occasion de venir renforcer et professionnaliser le travail d’accompagnement d’étudiants-entrepreneurs à l’Université et assurer des conditions favorables dans l’écosystème entrepreneurial pour accompagner les initiatives des jeunes universitaires. L’opportunité nous est donnée dans ce projet d’échanger entre partenaires membres du consortium nos bonnes pratiques. Dans le projet “Saleem”, le Centre est impliqué dans l’élaboration de la cartographie de l’écosystème entrepreneurial de la région de Rabat-Salé-Kénitra aux côtés du lead de ce lot de travail HEM Rabat et Tunis. Une bonne connaissance des acteurs de l’écosystème et des programmes implémentés dans les universités va permettre de consolider l’existant et de capitaliser sur les acquis antérieurs tout en identifiant les insuffisances et pistes d’améliorations et éléments à renforcer. L’équipe de l’UM5R est également impliquée dans l’implémentation du pôle d’accompagnement, elle en assurera la direction et la gestion du pôle en collaboration avec HEM Business School et le soutien de l’Anapec. À terme, 600 étudiants de l’Université bénéficieront du dispositif d’accompagnement à la création de leur projet durant les trois années du projet».

Déclaration du Pr Anass Kettani, point focal du projet «Saleem» à l’UH2C

«Ces dernières années, nous avons constaté qu’il y a une synergie entre les différents établissements pour promouvoir l’entrepreneuriat et soutenir les porteurs de projets innovants. La problématique qui a été posée est qu’après la réussite de la phase de sensibilisation des jeunes étudiants pour développer et enregistrer leurs projets d’entreprises, chose qui se produit en fin de cycle licence ou master, est de savoir comment les accompagner après la fin du cursus. Faute d'une prise en charge post-prototypage, la plupart de ces projets sont mis en veilleuse alors que parfois il serait plus judicieux pour ces jeunes entrepreneurs de se lancer et de concrétiser leurs projets. En tenant compte du capital existant sur les initiatives autour de l’entrepreneuriat au niveau du Maghreb, le Maroc et la Tunisie ont été choisis pour tester le projet “Saleem”, initié par l'Agence universitaire de la francophonie (AUF) et cofinancé par l'Union européenne, dans le cadre du programme Erasmus+ “Renforcement des capacités dans le domaine de l’enseignement supérieur”. La valeur ajoutée clé de ce projet est de pousser les jeunes étudiants entrepreneurs qui ont créé des projets innovants à lancer leurs entreprises. Pour permettre à ces jeunes de se consacrer au développement de leurs entreprises, le projet “Saleem”, qui s’est inspiré de l’expérience “Pépite France” avec le statut d’étudiant-entrepreneur, vise à mettre en place un dispositif national pour les étudiants-entrepreneurs. Chaque université disposera d’un pôle d’accompagnement qui aura pour rôle de fédérer les efforts de tous les partenaires afin d’identifier les meilleurs porteurs de projets au sein de chaque établissement pour qu’ils bénéficient du statut d'étudiant-entrepreneur. Les porteurs de projets sélectionnés pourront être accompagnés dans les établissements dont ils sont issus. L’avantage est que ces étudiants garderont leur statut d’étudiants et seront inscrits dans un cursus dédié d’étudiant-entrepreneur, qui s’étalera sur une année. Durant cette période, les porteurs de projets bénéficieront d’un accompagnement ciblé, avec des interventions régulières d’experts européens membres du consortium. Une charte sera d’ailleurs élaborée incessamment pour la mise en place des pôles d’accompagnement au sein des 4 universités pilotes à Rabat, Casablanca, Tunis-Carthage et Sfax. L’objectif final de ce dispositif étant la mise en place d’un statut d’étudiant-entrepreneur durable, qui permettra in fine la création d’emplois et la résorption du chômage chez les diplômés de l’université».

Entretien avec Jean-Luc Tholozan, directeur régional Maghreb de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF)

«Le projet “Saleem” vise à développer l’employabilité des nouveaux diplômés par l’entrepreneuriat»

Éco-Emploi : Parlez-nous de la genèse du projet pilote «Saleem» et pourquoi le choix du Maroc et de la Tunisie pour sa mise en œuvre ?

Jean-Luc Tholozan :
Le projet «Saleem» s’intègre aux stratégies développées par le Maroc et la Tunisie pour l'enseignement supérieur et la recherche scientifique. Le marché de l’emploi en Tunisie et au Maroc montrant qu’un nouveau diplômé a d’autant plus de difficultés à trouver un emploi que son niveau de diplôme est élevé, les deux pays ont introduit des modules d’enseignement développant le concept d’entrepreneuriat dans les parcours de formation universitaire. Une nouvelle étape est franchie avec les deux expériences-pilotes du projet «Saleem», regroupant deux universités de chacun de ces pays : le projet fournit des conditions universitaires spécifiques aux étudiants de ces universités porteurs de projets de création d’entreprises. Inspiré des dispositifs développés en France, en Belgique et en Roumanie, le dispositif «Pépite» (Pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat), le projet «Saleem» a pour objectif de favoriser le développement de parcours d’étudiant-entrepreneur et de pôles universitaires d'accompagnement, pour développer l’employabilité des nouveaux diplômés par l’entrepreneuriat, deux axes forts de la Stratégie 2017-2021 de l’AUF.

Comment se décline la mise en place du dispositif national sur l'entrepreneuriat étudiant ?

Le projet «Saleem», coordonné par l’AUF, est porté par un consortium de 14 membres incluant les deux ministères de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique du Maroc et de la Tunisie. Sur une période pilote de 3 ans (2017-2020), les 14 partenaires travailleront en étroite collaboration avec les deux ministères sur la mise en place d'un dispositif permettant d’intégrer un projet de création d’entreprises au parcours universitaire. Le dispositif sera testé au sein de quatre universités, deux au Maroc et deux en Tunisie : l'Université Mohammed V de Rabat, l'Université Hassan II de Casablanca, l'Université de Carthage et l'Université de Sfax. Les résultats concluants obtenus par ces universités permettront d’envisager l’extension de ce projet à l’échelle nationale.

Quel rôle des différents acteurs pour l'accompagnement des porteurs de projets, notamment via les pôles qui seront mis en place à cet effet ?

Les étudiants marocains et tunisiens qui seront reconnus comme étudiants-entrepreneurs vont bénéficier d’une double tutelle académique et économique d’accompagnement dans leur projet d’entreprise, de l’accès à un espace de coworking, de la certification de leurs compétences entrepreneuriales et de la validation de leur plan d'affaires comme travail de fin d'études.

Les 4 universités partenaires du projet hébergent les pôles d'accompagnement, les Agences nationales de promotion de l'emploi, l'Anapec (Maroc) et l'ANETI (Tunisie), apportent leur expertise dans le renforcement des capacités des universités partenaires à accompagner les étudiants-entrepreneurs.

31 Decembre 2017

lematin.ma

 

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