Extrait de l'Allocution du Président de l'UM5 aux Assises des Sciences Humaines et Sociales


Extrait de l'Allocution du Président de l'UM5 aux Assises des Sciences Humaines et Sociales

Mesdames et Messieurs,

Nous vivons à une époque passionnante de l’histoire mondiale, qui lance de grands défis aux chercheurs en sciences humaines et sociales mais aussi aux responsables politiques. Notre monde actuel se caractérise par des changements rapides et profonds à tous les niveaux et nous devons relever le défi de nous forger une vision claire de nos sociétés dans un monde de plus en plus complexe, d’appréhender la chose collective dans un monde de plus en plus contraint et d’articuler nos impératifs stratégiques autour des nouvelles réalités sociales et environnementales d’un monde de plus en plus connecté et de plus en plus soumis à l'hégémonie des forces économiques.

Paradoxalement, à l’heure où nous avons tant besoin des connaissances produites par les sciences humaines et sociales pour comprendre et surmonter la complexité, les incertitudes et les dangers propres à notre monde, ces disciplines s’avèrent, il faut bien le reconnaitre, être quelque peu les parents pauvres de la recherche scientifique et sont à tort encore trop souvent perçues comme des voies d’études peu attractives et peu valorisées. Je me permets d’insister sur le terme paradoxalement puisque seules ces disciplines sont pourtant capables de produire des connaissances spécialisées sur les questions de société, de favoriser la participation des citoyens à la gestion des affaires publiques en développant leur ouverture d’esprit et aiguisant leur esprit critique, et surtout de proposer des solutions aux défis sociétaux auxquels nous sommes actuellement confrontés.

…Il suffit en effet d’entreprendre une courte réflexion sur les réalités de nos sociétés contemporaines pour saisir pleinement à quel point le rôle des SHS est désormais crucial. Prenons quelques exemples des grands défis que nous affrontons :

  • les changements climatiques
  • L’omniprésence du numérique
  • De même, les grands problèmes liés à la santé que connaissent nos populations aujourd’hui.

Par ailleurs, un récent rapport de l’UNESCO, daté de 2016, appelle les gouvernements du monde entier à recourir d’urgence aux outils des sciences humaines et sociales et à les valoriser dans le but de faire face à ce que les experts considèrent comme la principale menace qui assombrit l’avenir de l’humanité, à savoir les inégalités et l’injustice sociale, soulignant que jamais auparavant, dans l’histoire des hommes, l'inégalité n'avait autant été au centre des préoccupations des responsables politiques.

… La question que l’on peut dès lors se poser c’est pourquoi les SHS souffrent aujourd’hui d’une sorte de dévalorisation que l’on ne peut qu’amèrement déplorer au regard des arguments que je viens de citer.

Il y a d’abord, face à elles, la montée en puissance des sciences et technologies qui dominent totalement l’actualité et les médias. Difficile évidemment pour les SHS qui s’intéressent à l’évolution lente, souvent imperceptible de nos sociétés, de s’illustrer quotidiennement par quelque découverte étonnante qui frapperait l’imagination en promettant des progrès concrets en matière de développement ou de santé par exemple.

… Pour les mêmes raisons précisément, les SHS sont moins soutenues financièrement, surtout par les fonds privés qui ne voient pas en elles d’opportunités de retour sur investissement, si je puis m’exprimer ainsi. Mais ne devraient-elles pas être davantage soutenues par les fonds publics quand on sait que la vaste majorité des politiques publiques trouvent appui sur des connaissances

évaluées et générées par ces disciplines ? Sans elles, la plupart des politiques publiques n’existeraient tout simplement pas.

… Le résultat est là : nous sommes tous conscients aujourd’hui d’un fait que nous ne pouvons que déplorer : il faut bien reconnaître que les études en SHS souffrent d’une image peu attrayante auprès de nos étudiants et de leurs familles, qui considèrent, à tort bien entendu, que ces cursus sont en quelques sortes des « voies de garage » peu porteuses et  peu valorisées sur le marché du travail. Oui! Mais le marché du travail est à l’image de nos sociétés : il est en permanente mutation. Il évolue ! Ce qui veut dire tout simplement que nos offres de formations doivent évoluer aussi ! Est-ce le cas ?

… Voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, l’ensemble des acteurs des SH est aujourd’hui plus que jamais interpellé par l’évolution du monde et de la société et DOIT s’atteler à un profond examen de conscience pour redéfinir ses domaines d’action : les SH devront au plus tôt tourner le dos à la fois au scientisme classique et à l’orientation gestionnaire purement académique qui domine encore nos formations. Elles devront renforcer leurs capacités de coopération interdisciplinaire en  s’ouvrant davantage aux autres domaines de la connaissance, c’est d’ailleurs ce que nous avons récemment instauré dans le cadre de notre récente réforme des études médicales en introduisant deux modules de SHS obligatoires dans les nouveaux cursus d’études médicales, pharmaceutiques et de médecine dentaire, en attendant de faire de même pour d’autres cursus tels que les études d’ingénieurs. Nous sommes en effet totalement convaincus de la pertinence d’une formation de base universelle en SHS, c’est à dire pour tous les étudiants des différents cursus.

La dimension internationale est également vitale pour ces disciplines si elles veulent s’atteler aux grands défis actuels de notre humanité : mobilité des enseignants et des étudiants, programmes de coopération, multiplication de réseaux.

… En outre, trop de recherches restent encore strictement individuelles, se développant sur des priorités fixées à moyen terme ce qui aboutit inéluctablement à une balkanisation des aides et des budgets. C’est dans cet esprit que nous avons récemment invité les structures de recherche de l’UM5 à se réorganiser en centres de recherches et à notre grande satisfaction nos établissements en SHS sont entrain de déposer des demandes d’accréditation pour des centres de recherche multidisciplinaires.

Mesdames et Messieurs, cette réforme des SHS que j’appelle de tous mes vœux pose la question cruciale de la responsabilité sociale des universités. 

 …L’université n’est pas un élément parmi d’autres de notre société, elle est centrale dans la production et la diffusion des savoirs. Il nous importe de défendre cette approche critique qui caractérise tous les universitaires: la seule propre à former des citoyens éclairés et responsables.

Voilà pourquoi je souhaite que ces assises des SHS version 2017 soient l’occasion pour tous de redéfinir les orientations et les domaines d’actions de ces disciplines en réponse aux véritables exigences de notre société et de notre époque.

 Et comme le dit si bien le sociologue Alain Touraine : “Une société qui ne se pense pas ne peut que s'enfoncer dans la décadence, lentement ou brutalement.”

 

le Mercredi 8 Février 2017 à la FLSH.

 

               

 
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